Vers l’élimination de l’onchocercose au Cameroun

Depuis le 21 février 2017 (jusqu’à la fin mai 2017), des équipes de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et du Centre de Recherche sur les Filarioses et autres Maladies Tropicales (CRFiLMT), conduisent dans la région du Centre une mission d’évaluation d’une stratégie innovante ouvrant la porte à l’éradication de l’onchocercose dans les zones forestières d’Afrique centrale.

L’onchocercose, maladie parasitaire parfois appelée « cécité des rivières » à cause des troubles sévères de la vision qu’elle occasionne, est toujours présente dans de nombreuses aires de santé de la Région du Centre. La stratégie actuelle de lutte contre cette maladie consiste à administrer gratuitement un traitement par ivermectine (Mectizan®) à l’ensemble de la population vivant dans les zones concernées. Ce médicament n’ayant qu’une action partielle sur le parasite, le traitement doit être répété chaque année pendant environ 15 ans pour espérer aboutir à l’éradication de l’onchocercose.

Adoptée par le Cameroun dès le début des années 1990, cette stratégie a malheureusement dû être suspendue dans certaines aires de santé de la Région du Centre après la survenue, en 1999, d’une série de cas d’effets secondaires très graves ayant entraîné le décès de trois personnes. Ces accidents thérapeutiques ne se produisent pas au hasard. Ils ne touchent que les personnes ayant un fort niveau de parasitisme sanguin par une autre filaire également présente dans la région : le parasite Loa loa, responsable de la maladie appelée loase.

Tester et administrer le traitement par Mectizan® sur le champ et sans risque

L’objectif du projet de recherche a donc été de développer un outil permettant de mesurer chez chaque individu, le niveau d’infection par Loa loa afin de s’assurer que le traitement est sans risque : si l’infection n’est pas trouvée ou si elle existe à un niveau en dessous duquel il n’existe pas de risque d’effets secondaires graves (ce qui est le cas de plus de 95% de la population), le traitement par Mectizan® peut être donné. En revanche, si la personne présente un niveau d’infection trop élevé, alors elle ne reçoit pas le Mectizan® et un protocole de traitement alternatif peut lui être proposé à titre individuel (la mise en place d’un tel traitement, qui s’étale sur quatre semaines, ne peut être envisagée pour toute la population). Ainsi, cette stratégie alliant un test préalable au traitement est dénommée Test and Treat (tester et traiter).

L’équipe du projet a mis au point un appareil permettant de mesurer précisément et rapidement (en moins de 3 minutes) le niveau d’infection par Loa loa à partir d’une goutte de sang prélevée au bout du doigt. Cet appareil, le LoaScope, est composé d’un petit dispositif optique grossissant relié à smartphone. Il est donc parfaitement portable et adapté aux conditions d’utilisation de terrain.


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Photo 1. Photo du LoaScope, un dispositif optique couplé à un smartphone permettant de mesurer le niveau d’infection par la filaire L. loa, responsable des accidents thérapeutiques pendant les traitements contre l’onchocercose.

En 2015, la stratégieTest and Treata de traité plus de 15000 personnes de l’aire de santé d’Okola, sans qu’aucun cas d’effet secondaire grave. Ce premier volet avait permis de démontrer la faisabilité d’une telle stratégie dans le cadre de traitements à large échelle. L’excellente adhésion rencontrée au cours de cette seconde campagne démontre la confiance retrouvée des habitants envers le traitement par Mectizan®.

Partenariat multiforme

Ce projet, réalisé en concertation étroite avec le Ministère de la Santé publique du Cameroun, est né d’une collaboration très fructueuse entre l’Unité Mixte Internationale 233 TransVIHMI /IRD- (Recherches translationnelles appliquées au VIH et aux maladies infectieuses), porteuse du projet, le CRFiLMT (Centre de Recherche sur les Filarioses et autres Maladies Tropicales, situé quartier Fouda à Yaoundé), et des équipes américaines du NIH (National Institutes of Health), de la Michigan State University et de l’Université de Berkeley en Californie. Outre les aspects scientifiques, l’IRD a apporté un support technique crucial pour les phases du projet se déroulant sur le terrain (district de santé d’Okola).

Impérieuse nécessité des traitements communautaires et de la collaboration des populations

La lutte contre l’onchocercose ne se conçoit pas autrement qu’en termes de traitements communautaires. Elle se concentre donc sur les populations vivant dans des foyers, ces foyers étant régis par l’existence d’un réseau hydrographique favorable aux simulies, les petites mouches qui transmettent l’infection. En ce qui concerne la mobilité, deux aspects sont à considérer. L’onchocercose étant une maladie à transmission vectorielle, un individu porteur de l’infection aura un potentiel contaminant nul pour le reste de la population s’il n’y a pas de transmission dans son nouvel environnement.

Les individus ayant quitté leur région d’origine et souffrant des symptômes de l’onchocercose ont la possibilité d’être pris en charge, à titre individuel, dans les services médicaux des structures de santé des zones urbanisées, à l’instar des voyageurs ou des expatriés soignées dans les services de médecine tropicale dans les pays du Nord.

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Photo 2. En 2015, plus de 15000 personnes (enfant et adultes) vivant dans l’aire de santé d’Okola ont reçu un traitement par Mectizan® sans que cela n’entraîne d’accident thérapeutique

Dernière modification : 27/04/2017

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