Soutenance de thèse sur l’évolution de la diversité des plantes cultivées dans le bassin du lac Tchad

Anne-Marie Mabouloum, enseignante-chercheur de géographie à l’Université de Ngaoundéré a soutenu le 8 août dernier une thèse de Doctorat/Ph.D sous le titre : « Conserver l’agrobiodiversité dans un territoire ouvert : cas des Moundang du Cameroun et du Tchad », devant le jury ci-après :

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Membres Noms et Prénoms Statut Affiliation
Président M. TSAPI Victor Professeur Université de Ngaoundéré
Directeurs M. TCHOTSOUA Michel Professeur Université de Ngaoundéré
  Mme RAIMOND Christine Directrice de Recherche/HDR CNRS-Paris
Rapporteurs M. IYA MOUSSA Maître de Conférences Université de Ngaoundéré
  M. MOKAM David Maître de Conférences Université de Ngaoundéré
Examinateur M. GONNE Bernard Maître de Conférences Université de Maroua

 

Spécialiste en géographie et pratiques du développement durable (GEPRADD), option géographie de développement rural, l’impétrante a été une boursière de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) de la période allant du 01/06/2011 au 31/12/2014, et rattachée à la jeune équipe AIRD Tabital.

Cette thèse porte sur la dynamique de l’évolution de l’agrobiodiversité et sa conservation dans la durée en pays Moundang en prenant en compte l’ensemble des plantes cultivée. L’hypothèse principale stipule que l’importance écologique, culturelle et économique de chaque variété de plante cultivée explique la forte conservation en pays Moundang tant que celles-ci sont utilisées ou que la connaissance de leurs usages est encore présente dans les mémoires des agriculteurs.

Les méthodes et outils utilisés, reposent sur le protocole mallette du programme de recherche « Plantadiv » (ANR Biodiversité 2008-12, France), composé d’un herbier de 60 espèces de plantes cultivées, sur un questionnaire précisé par des entretiens collectifs et individuels et les listes libres complètent le dispositif. Parallèlement, la consommation alimentaire de 47 ménages dans les villages de Gadas, Garey Sud et Sokoye pendant un an a été suivie pour expliquer le maintien cette hyperdiversité par les usages. Une étude spécifique sur le sorgho a également été menée à l’échelle des territoires pour retracer le réseau de circulation des semences des sorghos et son influence sur la diversité génétique de l’espèce.

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Les résultats obtenus montrent une importante diversité variétale maintenue dans les villages, avec 118 types nommés à Gadas, 135 à Garey Sud, 96 à Moumour et 126 à Sokoye. Les sécheresses, les changements climatiques, les politiques étatiques et les stratégies d’adaptation des agriculteurs sont les grands facteurs qui ont influencé l’évolution de cette agrobiodiversité qui est plutôt positive, avec des pertes restreintes. Le suivi montre que la diversité citée par les agriculteurs, la diversité cultivée et observée dans les champs, et la diversité des aliments consommés par les ménages sont équivalentes à plus de 80 %. Sur les 208 variétés cumulées et citées, 55 % sont réellement cultivées par les 214 ménages enquêtés. Les Moundang les utilisent au quotidien pour l’autoconsommation à 70 % et les 30% restant pour les transactions commerciales. Il ressort de l’analyse sur le réseau de circulation des semences que les échanges s’observent principalement à l’intérieur du village, mais qu’ils s’étendent aussi à l’extérieur, auprès d’autres villages Moundang et avec le marché. Ces échanges structurent la diversité génétique des sorghos, d’abord déterminée par les races (sorghos pluviaux / sorghos de contre-saison) mais aussi par l’intensité des échanges intra-villageois.

Cette thèse très fouillée et approfondie, est une mine d’informations sur l’économie rurale, l’agrobiodiversité et ses évolutions dans l’Extrême Nord du Cameroun. Elle apporte un éclairage majeur sur les changements observés dans l’agriculture familiale depuis le début du XXe siècle, ainsi que les conditions qui expliquent la collection exceptionnelle de variétés cultivées observées au début des années 2010. Cette contribution est fondamentale pour réfléchir à la mise en place d’une conservation variétale in situ, prônée à l’échelle internationale, qui ne soit pas déconnectée des priorités économiques et sociales locales et s’inscrive dans la durée.

Dernière modification : 02/10/2018

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