Session « L’Afrique en mouvement » - Allocution de de M. Laurent Fabius (Le Bourget, 07/12/2015)

Conférence de Paris pour le climat - Session « L’Afrique en mouvement » - Allocution de de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la conférence de Paris pour le climat, lors de la signature de la déclaration d’intention de soutien à l’initiative de l’Union africaine (Le Bourget, 07/12/2015)

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Mesdames et Messieurs les Ministres, Chers Collègues,

Chers Amis,

Lors du sommet de l’Union Africaine à Johannesburg en juin dernier, l’Afrique a demandé au monde de l’aider à augmenter de 10GW d’ici 2020 ses capacités en énergies renouvelables. Depuis plusieurs pays, dont la France, ont soutenu, notamment dans le cadre du G7, l’élaboration par l’Union africaine de l’initiative sur les énergies renouvelables, lancée lors de cette COP 21 mardi dernier.

Cette initiative nous tient particulièrement à coeur. Elle répond au déficit dramatique d’accès à l’énergie que subissent les populations, les entreprises, les écoles, les hôpitaux en Afrique. Aujourd’hui, plus de la moitié des habitants du continent n’ont pas d’accès à l’électricité. Demain, ce besoin d’énergie sera d’autant plus fort que la population africaine devrait doubler d’ici 2050 et atteindre 2,4 milliards d’habitants. Il faut donc garantir à cette population l’accès à l’énergie car, comme le dit notre ami Lionel Zinsou « Le droit à la lumière et à la connectivité est un nouveau droit humain ».

Nous devons donc apporter une réponse concrète et rapide à cet immense défi. Cette réponse, c’est le choix d’un saut technologique, celui du déploiement des énergies renouvelables sur le continent africain. L’Afrique a été pionnière dans le paiement par téléphonie mobile : de même, elle peut devenir le vaisseau amiral du déploiement des énergies renouvelables.

Les conditions naturelles sont réunies pour cela. L’Afrique dispose d’un des plus grands potentiels au monde en énergies renouvelables, comme en témoignent des projets ambitieux déjà lancés. Je pense au programme solaire de l’Égypte, évoqué par notre collègue et ami Khaled Fahmy, ou au parc éolien du lac Turkana au Kenya, surnommé le « corridor vert », qui va permettre de produire l’équivalent de 20% de l’électricité du pays. Je pense aussi aux barrages hydrauliques d’Éthiopie qui assurent 90% de la production électrique du pays et à d’autres exemples concrets.

L’initiative de l’Union africaine sur les énergies renouvelables, qui a pour objectif, et on l’a très bien rappelé auparavant, de fournir 10 GW supplémentaires d’énergies renouvelables d’ici 2020 (10 millions de KW) et 300 GW d’ici 2030. Elle doit permettre d’accélérer la dynamique en cours. L’Afrique attend de cette Conférence non seulement un accord intergouvernemental - et nous connaissons les priorités de l’Afrique dans les négociations en cours - mais aussi des solutions concrètes pour répondre à ses défis immédiats. À cet égard, l’Afrique, sous l’impulsion de Khaled Fahmy, a identifié les énergies renouvelables comme une priorité.

Le président de la République française a annoncé mardi dernier que la France s’engageait pour sa part à mobiliser 2 milliards d’euros entre 2016 et 2020 pour les énergies renouvelables en Afrique. D’autres pays, et je les en remercie, ont procédé à des annonces importantes en ce sens, et je veux et féliciter tous les collègues d’avoir répondu à l’appel de l’Afrique. Cette mobilisation atteindra 10 milliards de dollars de financements publics d’ici 2020 - prêts et dons -, soit le coût nécessaire pour fournir ces 10 GW. Mais, comme cela a été dit il faudrait une somme supplémentaire. L’objectif fixé en première instance est atteint, c’est un très grand succès. Comme vous le savez, car vous êtes tous des spécialistes, 10 GW c’est un tiers de plus que la capacité actuelle de production d’énergies renouvelables en Afrique. C’est l’équivalent, et je ne préjuge pas les choix, de 10 réacteurs nucléaires ; c’est 5 fois toute la production électrique de la Côte d’Ivoire et c’est la consommation électrique annuelle du Danemark.

La réponse aux besoins de l’Afrique doit être collective. Collective parce qu’elle doit reposer sur une mobilisation coordonnée des pays africains, comme c’est le cas avec cette initiative, et bientôt, avec une liste de projets prioritaires que nous examinerons avec le plus grand intérêt. Réponse collective aussi car l’Afrique doit agir et agit avec l’ensemble de ses partenaires. La France s’est engagée depuis l’origine dans l’élaboration de cette initiative, avec tous les acteurs impliqués : la Banque africaine de développement bien sûr, mais aussi le Programme des Nations unies pour l’environnement, l’Agence internationale de l’énergie renouvelable, la Banque mondiale, et d’autres intervenants.

Cette mobilisation collective, cette déclaration de soutien à l’initiative sur les énergies renouvelables en Afrique, que nous venons de lire l’illustre parfaitement. L’Afrique exprime ainsi sa volonté de développer l’accès aux énergies renouvelables et de s’engager vers un développement sobre en carbone. Les partenaires de l’Afrique s’engagent concrètement pour la soutenir dans cette voie.

La mise en oeuvre de cette initiative débutera dès la fin de la COP21, avec l’aide de la Banque africaine et sous la direction politique de l’AMCEN (African Ministerial Conference on Environment). L’étroite relation entre nos amis Khaled Fahmy, président de l’AMCEN, et Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement, constituera un atout précieux.

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Au-delà des négociations, que nous menons en ce moment, sur l’indispensable accord intergouvernemental, la dynamique de la COP21 a permis à des projets ambitieux de voir le jour, au service du développement durable et de la préservation de notre planète. L’initiative sur les énergies renouvelables en Afrique est un des exemples les plus marquants. Je souhaite maintenant que, par un mécanisme inverse, cette initiative donne une impulsion forte à nos négociations, qui doivent être terminées victorieusement vendredi prochain. Vendredi nous devrons parvenir à l’accord climatique historique que le monde attend. Mais la déclaration que nous venons de proclamer n’est pas moins historique. C’est l’ensemble de l’un et de l’autre qui fera de la COP21 un véritable tournant. Merci./.

Dernière modification : 08/12/2015

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