Rentrer pour aider le Cameroun

Partis finir leurs études en France, de jeunes Camerounais rentrent dans leur pays et se lancent dans de nouveaux projets avec l’aide de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). Le retour n’est pas toujours simple, mais ils en sont convaincus : leur rôle est d’aider le Cameroun à se développer.

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Philippe Nkouaya et son associé Adams Vessah, responsable de la communication chez PhilJohn Technologies. Crédit : Julia Dumont

L’ambiance est studieuse dans les bureaux climatisés de la société PhilJohn Technologies, installée dans le quartier de Bonamoussadi, à Douala. Les employés de cette entreprise spécialisée dans le Data management (la gestion des données informatiques) travaillent sur leurs ordinateurs portables. Dans la salle de repos, des tasses décorées du logo de la société – un petit cerveau dans une ampoule – sèchent au bord de l’évier. Tous les derniers vendredis du mois, c’est là qu’est organisé "l’African day", une soirée entre collègues où chacun doit venir en habits traditionnels.

Philippe Nkouaya, le président et fondateur de l’entreprise, reconnaît bien volontiers l’esprit start-up de sa société même s’il préfère la qualifier de PME (pour Petites et moyennes entreprises). À 27 ans, ce spécialiste des data, les données informatiques si précieuses pour les entreprises, est à la tête d’une équipe de douze employés dont quasiment aucun n’a encore 30 ans.

Le jeune chef d’entreprise a étudié le management de l’information au Cameroun avant de compléter sa formation à la 3iL Academy de Limoges, une école supérieure d’informatique française. Contrairement à de nombreux jeunes Camerounais qui quittent illégalement leur pays pour tenter leur chance en Europe, Philippe Nkouaya a toujours imaginé son futur au Cameroun. Après ses études, il est revenu s’installer à Douala. "Déjà plus jeune, je voyais mon avenir au Cameroun. Le besoin de développement est ici", témoigne-t-il.

Philippe Nkouaya a bénéficié de l’aide au retour et à la réintégration de l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration). Destinées aux demandeurs d’asile déboutés, aux personnes en situation irrégulière ou ayant reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) ou encore aux étudiants et jeunes travailleurs en fin de droit de séjour, ces aides permettent d’obtenir un soutien financier et logistique pour rentrer dans son pays d’origine. "J’avais déjà ce projet d’entreprise avant de faire appel à l’Ofii. Ils m’ont surtout soutenu en termes de réseau", explique Philippe Nkouaya.

Aujourd’hui, le jeune chef d’entreprise tient à parler de son parcours et de son projet professionnel pour susciter des vocations. "Je veux montrer à la diaspora camerounaise que, si je me suis lancé, c’est que cela est possible."

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Lionel Etoa, 27 ans, a trouvé un emploi de conseiller à l’agence Campus France après ses études en France. Crédit : Adrienne Surprenant/ Collectif Item

"Si on laisse le Cameroun, qui va s’en occuper ?"

Comme lui, Lionel Etoa a quitté le Cameroun pendant quelques années pour ses études, avec le projet d’y revenir. Après un bac économique et social obtenu à Yaoundé, il est parti étudier en France. Une licence et un master en administration publique plus tard, il est revenu au pays en octobre 2016. Pendant les huit ans qu’il a passés en France, le jeune homme de 26 ans a toujours gardé un pied au Cameroun en effectuant tous les stages prévus par sa scolarité dans son pays.

Pour lui, le retour au pays était naturel. "Depuis toujours mes parents me disent ‘Si tu fais des études à l’étranger, c’est pour revenir après. Si on laisse le Cameroun va s’en occuper ?‘" Depuis la France, Lionel a pris contact avec l’Ofii pour demander à bénéficier d’une aide à la réinsertion par l’emploi.

En France Lionel Etoa a obtenu un Master en administration publique Il souhaite aujourdhui mettre ses connaissances au service du Cameroun Crdit Adrienne Surprenant Collectif Item
En France, Lionel Etoa a obtenu un Master en administration publique. Il souhaite aujourd’hui mettre ses connaissances au service du Cameroun. Crédit : Adrienne Surprenant/ Collectif Item

Le dispositif, accessible aux étudiants en fin de droit de séjour, prévoit que l’Ofii paye pendant un an la moitié du salaire de la personne qui parvient à se faire embaucher au Cameroun. "On m’a conseillé de commencer à chercher un emploi tout de suite par moi-même, sans attendre que l’Ofii me fasse des propositions", détaille le jeune homme.

Dans un pays où la majorité des emplois se trouvent dans le secteur informel et ne sont donc annoncés par aucune offre d’emploi, les jeunes travailleurs ont bien souvent la plus grande peine à obtenir un entretien d’embauche pour leur premier emploi.

"Je suis convaincue que ma place est ici"

Simone Tchienga en a fait l’expérience. Cette pétillante juriste de 29 ans est rentrée au Cameroun en février 2018. Diplômée en droit des affaires et droit public, elle a choisi de chercher du travail au Cameroun après six ans passés en France. Elle aussi a bénéficié de l’aide à la réinsertion par l’emploi de l’Ofii.

"Il y a très peu d’offres disponibles sur internet au Cameroun. Cela déboussole un peu lorsqu’on est habitué à faire des recherches de cette manière. On se demande par où il faut commencer", explique-t-elle.

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Simone Tchienga, 29 ans, a choisi de rentrer au Cameroun pour contribuer au développement de son pays Crdit Adrienne Surprenant Collectif Item

Pour s’y retrouver dans ce nouvel environnement, Lionel Etoa et Simone Tchienga ont reçu de l’aide du Front National de l’Emploi (FNE), un organisme public camerounais dédié à la recherche d’emplois. L’Ofii a également mis à leur disposition un référent chargé de les orienter et de les conseiller dans leurs recherches.

Lionel Etoa a finalement été recruté comme conseiller au sein de Campus France, l’agence chargée de la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger. "La directrice de l’agence recherchait un adjoint avec le profil de quelqu’un qui avait étudié en France", précise-t-il.

Simone Tchienga, elle, est toujours en recherche d’un emploi de juriste dans le domaine privé ou public mais elle ne désespère pas. Après six mois de recherche, si elle n’a trouvé de poste satisfaisant, la jeune femme aura la possibilité de bénéficier de l’aide à la réinsertion par la création d’entreprise de l’Ofii.

Dernière modification : 11/05/2018

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