Prix de la Francophilie des médias 2020

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L’ambassade a reçu le 16 septembre les lauréats du Prix de la Francophilie des médias, organisé par le Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun à l’occasion de la célébration des 50 ans de la francophonie.

Découvrez l’article qui a obtenu le 1er prix, décerné à Madame Elsa KANE

Culture

Quand le français convie les artistes au rendez-vous du donner et recevoir

Utilisée comme un instrument, la langue française leur permet de promouvoir leurs spécificités culturelles et de s’inscrire dans une démarche de partage et de solidarité à travers la musique, le slam, le conte ou la formation artistique.

Des rides creusent le visage. Elles trahissent l’effort fait pour trouver le ton juste. Les mots claquent comme une porte qu’on referme avec violence, le texte est engagé et parle de jeunesse et d’espoir. Ce vendredi à La Case des Arts, temple culturel situé à Essos dans l’arrondissement de Yaoundé 5, des artistes en répétition préparent un spectacle pour le même soir. Parmi eux des slameurs, ils y sont depuis les premières heures de la matinée. L’enjeu est aussi de se préparer pour les différents concours de slam et poésie organisés à Yaoundé dans le cadre des 50 ans de la Francophonie. Une odeur de sueur mêlée à celle plus discrète des parfums embaume désormais La Case des Arts.

Dans leur enthousiasme juvénile et créatif, peu d’entre eux connaissent le lien existant entre cette case et la Francophonie. D’une architecture rappelant effectivement une habitation traditionnelle, La Case des Arts a été bâtie quelques temps après le sacre de la chanteuse Kareyce Fotso, médaillée d’argent catégorie chansons aux jeux de la Francophonie de Beyrouth au Liban en 2009 avec son titre « Pac-ler française ».

Solidarité

Cadre modeste, équipée d’une bibliothèque et d’une scène pour les spectacles, La Case des Arts est l’expression des valeurs de solidarité et de partage défendues par l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). L’idée telle que présentée par Kareyce Fotso était d’offrir un cadre de création, de diffusion et de formation artistique aux jeunes. Engagée dans une démarche de professionnalisation des métiers de l’art, La Case des Arts est venue combler le manque criard d’espaces culturels dans une ville comme Yaoundé connue pour son bouillonnement artistique.

Recevoir et donner, détecter et encadrer ont toujours été important pour l’ambassadrice de bonne volonté des jeux de la Francophonie de 2017 à Abidjan. Elle se souvient, qu’à ses débuts dans la chanson, de tels cadres lui ont cruellement fait défaut pour l’apprentissage de la musique autre que dans les cabarets. Ce n’est donc pas un hasard si La Case des Arts est située en face du Lycée Bilingue d’Essos. Elle offre aussi un cadre d’animation sociale. A La Case des Arts, la diversité culturelle se met au service de l’éducation. Sa bibliothèque offre une alternative aux jeunes qui peuvent s’y refugier et échapper ainsi à l’ambiance des nombreux bars et snacks ouverts partout dans Essos.

La Case des Arts s’est construite une solide réputation dans la promotion de la culture urbaine (rap, slam, reggae, r’n’b) et du folklore camerounais. En novembre 2019, des musiciens du Burundi, du Rwanda Lion King y ont donné un spectacle contribuant ainsi à inscrire le lieu dans la dynamique du dialogue interculturel.

Des pépites sont sorties de cette fabrique. Elles ont su s’approprier le français pour en faire un instrument de leur art. Lydol est de ces artistes-là. Pour la slameuse, travailler dans l’espace francophone est source de richesse, de rencontres et d’opportunités en ce sens qu’elle ne se sent pas enfermée dans un modèle culturel unique. Le français c’est plus de 200 locuteurs à travers le monde, 88 Etats et gouvernements et un parler qui s’enrichit des spécificités locales et des créativités de ses locuteurs.

« A mes débuts, j’écrivais dans un français pur. Je me suis remise en question, me demandant ce que j’apporte de plus au monde qui me regarde. Le français tel que parlé au Cameroun est d’une vitalité. Il se nourrit de nos langues locales, des anglicismes, etc. Pour le Prix Découverte Rfi 2019, j’ai postulé avec un texte en Camfranglais, « Le Ndem » avec lequel j’ai été finaliste. Je remarque l’intérêt nouveau que mon travail suscite auprès du public. Parmi ceux qui ne s’intéressaient pas au slam, plusieurs viennent déjà aux ateliers d’écriture que j’anime. Ils se sont reconnus dans mes textes. Les expressions reprises leur sont familières. C’est extraordinaire », se réjouit l’artiste contente de venir les mains chargées à ce rendez-vous du donner.

Diversité

« Quand je vais au Tchad, au Sénégal en Côte d’Ivoire, mes textes suscitent l’intérêt de ceux qui veulent en savoir plus sur ma culture. J’ai été en 2018 au Festival Sauti za Busara en Tanzanie. C’était la première fois qu’ils avaient une slameuse francophone. Ils ont été contents de voir qu’on pouvait répandre cette forte émotion. C’est ça l’avantage du français du Cameroun, sa pratique est multilatérale et on se glisse entre différents mondes », fait-elle savoir.

Digne descendant des Yebekolo, dans le département du Nyong-Mfoumou, région du Centre, Azazou est un jeune conteur qui pense que l’Oif contribue à la valorisation des spécificités culturelles des peuples. « Le français est un canal de transmission pour moi. C’est une très belle langue qui me permet de partager les contes reçus en ma langue le yebekolo avec un public cosmopolite réunis autour de la Francophonie. Parler français et yebekolo à la fois est une grande richesse. Je suis un artiste conservateur moderne. Je ne voudrais pas m’enfermer dans une cage strictement traditionnelle ou strictement moderne. Mon art est un mélange de tout. Je crois en la beauté du monde par le truchement de nos individualités et de la diversité. Quand je conte en français, il y’a toujours des choses qui sont plus fortes et plus belles à dire en yebekolo. Il y’a les noms des personnages qu’on ne peut traduire en français pour des raisons d’identité et d’originalité. Le français n’est que la transposition de ma langue maternelle. Je reçois la sagesse de mes ancêtres en yebekolo et je la partage en français. Je ne crois pas que je parle français comme un français de France. Je le parle à ma manière avec certaines expressions qui littéralement viennent du yebekolo à travers les proverbes. Je parle français comme je le sens avec la sensibilité d’un conteur formé à l’école traditionnelle de l’art oratoire chez nous les fang – beti ».

Elsa Kane

Dernière modification : 13/10/2020

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