Ouverture travaux de l’atelier de formation sur la lutte contre la traite des êtres humains


DISCOURS DE S.EXC. MME CHRISTINE ROBICHON, AMBASSADRICE DE FRANCE AU CAMEROUN

OUVERTURE DES TRAVAUX DE L’ATELIER DE FORMATION SUR LA LUTTE CONTRE LA TRAITE DES ETRES HUMAINS

DJEUGA PALACE, YAOUNDE, 29 JUILLET 2014

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Monsieur le Commissaire Divisionnaire, chef de la Police Judiciaire,
Colonels,
Mesdames et Messieurs les Magistrats et enquêteurs,

L’objet de l’atelier de formation que j’ai le plaisir d’ouvrir avec vous aujourd’hui est particulièrement grave. Plus de deux siècles après l’abolition de l’esclavage, la traite des êtres humains est mal connue des opinions publiques, alors qu’elle demeure l’un des trafics transnationaux les plus répandus. Les victimes, enfants comme adultes, contraints notamment à la prostitution et au travail forcé, subissent diverses formes d’exploitation portant gravement atteinte à leur dignité et à leurs droits fondamentaux. Dans le même temps, les auteurs de ces crimes, souvent organisés en de puissants réseaux, sont trop rarement poursuivis et condamnés par la justice. Il y a plusieurs raisons à cette regrettable impunité : l’absence, la méconnaissance ou la mauvaise application de dispositifs juridiques adéquats.

Au mois d’avril dernier, l’enlèvement par Boko Haram dans une région du Nigéria frontalière du Cameroun, de 200 lycéennes, suivi de l’annonce qu’elles allaient être vendues, a rappelé aux yeux du monde entier la persistance d’un fléau que l’on pensait d’un autre temps. Le retentissement de ce tragique évènement ne doit cependant pas occulter l’ampleur du phénomène de la traite des êtres humains et les formes diverses qu’il revêt dans d’autres régions du monde. Comme l’a souligné le Président de la République Française à l’occasion de la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions le 15 mai dernier, le drame de Chibok nous rappelle qu’il y a encore aujourd’hui 22 millions de victimes de la traite de par le monde.

La France est pleinement engagée dans la lutte contre ce fléau, sur son territoire et hors de ses frontières. A l’échelle nationale, elle s’est récemment dotée d’un plan d’action et d’une institution : la mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et pour la lutte contre la traite des êtres humains, dont le coordinateur national, le Lieutenant-Colonel Panloup, est aujourd’hui parmi nous. A l’extérieur, la France contribue au soutien des efforts d’autres Etats. Le projet d’appui à la lutte contre la traite des êtres humains dans les Etats du Golfe de Guinée, dont le Cameroun est bénéficiaire, est la poursuite, dans votre région, d’un travail fructueux engagé dans le cadre d’un projet similaire en Europe centrale et orientale.

Au Cameroun, le gouvernement montre également une volonté politique forte de lutter contre la traite des personnes. En ratifiant le Protocole de Palerme en 2004, puis en adoptant en 2011 une nouvelle loi réprimant sévèrement ce type de crime, il a doté le pays d’un cadre juridique solide, préalable indispensable pour lutter efficacement contre un phénomène à éradiquer.

La lutte contre la traite des êtres humains est l’affaire de tous. Elle suppose le démantèlement de réseaux criminels et impose une étroite collaboration de l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale, à l’échelle nationale mais aussi au niveau régional, car on le sait, la criminalité organisée ne connaît pas de frontières. Dans cette perspective, magistrats, gendarmes et policiers sont autant d’acteurs essentiels et de maillons interdépendants d’une telle chaîne, qui, si elle ne se rompt pas, permet d’aboutir à la condamnation effective des trafiquants et à l’éradication progressive du fléau.

C’est le sens de la constitution du vivier de magistrats et d’enquêteurs référents dont vous faites partie. Je tiens à remercier vivement les services du Ministère de la Justice, de la Délégation Générale à la Sûreté Nationale et du Secrétariat d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie, qui ont permis l’identification de leurs meilleurs éléments pour composer ce vivier.

Mesdames, Messieurs les magistrats, Mesdames, Messieurs les enquêteurs,

La tâche qui vous incombe à présent, en tant que personne ressource en matière de lutte contre la traite des personnes au Cameroun, est une tâche aussi honorable que lourde. En organisant ce premier atelier de formation et en mettant à votre disposition pour quatre jours ses meilleurs experts, la France exprime concrètement son engagement à accompagner vos autorités dans leur lutte contre l’esclavage des temps modernes.

Je vous souhaite à toutes et tous d’excellents travaux et vous remercie de votre attention./.

Dernière modification : 29/07/2014

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