Ossiculum aurantiacum, une espèce phare pour la conservation des orchidées au Cameroun

Dans le cadre d’une mission longue durée de Vincent Droissart, Chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), une mission de terrain a été effectuée du 1er au 10 juin 2017 avec Narcisse Kamdem (assistant de recherche au laboratoire de Botanique systématique et d’Ecologie) pour rechercher Ossiculum aurantiacum dans la région du Sud-ouest (Mamfe, Nguti, Ebondji) et obtenir plus d’informations sur son aire de distribution, son écologie et son statut de conservation.

Le genre d’orchidée monospécifique Ossiculum a été découvert en 1980, dans la réserve forestière de la rivière Mungo (Sud-ouest Cameroun). Au cours du quart de siècle suivant, la seule espèce du genre, O. aurantiacum, n’a pas été retrouvée bien que plusieurs milliers d’échantillons botaniques aient été récoltés dans sa zone d’origine. La construction récente d’une route à proximité de cette réserve y offre une plus grande accessibilité, et a entraîné une intensification du dégagement forestier et de l’empiètement de l’agriculture à petite échelle (essentiellement plantain et cacao). Sur la base de cette collection unique, O. aurantiacum a été évaluée comme étant en danger critique d’extinction (CR) pour l’UICN (http://www.iucnredlist.org/details/46364/0).

Nos récents travaux de terrain sur les orchidées au Cameroun ont permis de retrouver Ossiculum aurantiacum dans le Sanctuaire de faune de Banyang-Mbo. Dans les deux sites, l’espèce a été collectée dans la canopée de grands arbres dans la forêt humide de basse altitude. Le Sanctuaire de la faune de Banyang-Mbo est considéré comme l’un des complexes forestiers les plus importants sur le plan biologique en Afrique centrale, abritant 325 espèces d’oiseaux documentées, 33 grands mammifères et 63 reptiles. La diversité des plantes reste largement sous étudiée dans cette zone protégée. Récemment, un vaste projet de plantation d’huile de palme à l’échelle industrielle a été développé dans le sud-ouest du sanctuaire, et pourrait à terme isoler la biodiversité qu’il contient et mettre en danger les espèces rares ou menacées y vivant, y compris notre espèce cible, O. aurantiacum.

En 2017, Vincent Droissart (VD), Chercheur à l’IRD, a obtenu une bourse de recherche du Mohamed Bin Zayed Species Conservation Fund (https://www.speciesconservation.org/case-studies-projects/beentje-orchid/5698). Le projet financé doit contribuer à la conservation à long terme d’Ossiculum aurantiacum en utilisant une approche intégrée impliquant la formation de scientifiques et d’étudiants de l’Université de Yaoundé I. Une connaissance approfondie et détaillée de l’espèce ciblée sera utilisée pour concevoir et promouvoir des mesures de conservation efficaces. Ces mesures sont entre autres des travaux d’enquête écologique sur le terrain et l’obtention de semences viables. En plus d’efforts réalisés in situ, notre programme de conservation ex situ visera à assurer la pérennité de ce genre d’orchidées hautement menacé. Cela passera par son intégration dans nos collections vivantes et dans notre banque de graine localisée à l’Ecole Normale Supérieure de l’Université de Yaoundé I.

Dans le cadre d’une mission longue durée de VD, une mission de terrain a été effectuée du 1er au 10 juin 2017 avec Narcisse Kamdem (assistant de recherche au laboratoire de Botanique systématique et d’Ecologie) pour rechercher Ossiculum aurantiacum dans la région du Sud-ouest (Mamfe, Nguti, Ebondji) et obtenir plus d’information sur son aire de distribution, son écologie et son statut de conservation. L’espèce a pu être observée à plusieurs reprises dans sa localité d’origine, la réserve forestière du Mungo, ainsi que dans le Sanctuaire de faune de Banyang Mbo. Des échantillons en fleurs et en fruits ont été collectés sur des arbres abattus et des branches tombées, et sont actuellement en culture à l’ombrière à orchidées située à l’Ecole Normale Supérieure de l’Université de Yaoundé I. La localité d’origine d’O. aurantiacum est extrêmement menacée car toute cette zone forestière est actuellement transformée en une vaste cacaoyère sur les deux rives de la rivière Mungo. Petite note d’espoir, lors de cette mission l’espèce cible a été observée poussant sur un cacaoyer (un individu dans plusieurs hectares de cacaoyères inventoriées). Des investigations supplémentaires seront menées dans cette localité pour essayer de comprendre dans quelle mesure l’espèce pourrait subsister sur les cacaoyers (test de transplantation, suivi écologique, …). Les graines collectées sur le terrain permettent d’ores et déjà de garantir la survie de l’espèce en dehors de son milieu naturel.

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Dégradation extrêmement rapide des forêts de la réserve du Mungo (Sud-ouest Cameroun), l’habitat préférentiel d’Ossiculum aurantiacum. En moins de dix ans, plusieurs centaines d’hectares de forêt dense ont été transformés en plantation (plantain et cacao). © V. Droissart 2017

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Redécouverte d’Ossiculum aurantiacum dans sa zone d’origine. L’espèce a pu être observée/collectée sur des arbres abattus pour l’installation de plantation, mais également sur quelques arbres s plantés (cacaoyer et kolatier). © V. Droissart 2017

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Conservation ex situ d’Ossiculum aurantiacum. Plusieurs dizaines d’individus collectés sur des arbres abattus ont été transplantés à l’ombrière à orchidée de Yaoundé. Ici, des pollinisations manuelles pourront être réalisées afin de produire des graines et conserver l’espèce sur le très long terme. Photo illustrant l’équipe associée au projet, de gauche à droite : Narcisse Kamdem (technicienne au laboratoire, assistant de terrain), Vincent Droissart (chercheur IRD), Bonaventure Sonké (directeur du Laboratoire de Botanique systématique et d’Ecologie) et Sandrine Mayogo (technicienne au laboratoire, responsable de la banque de graine). © V. Droissart 2017

Dernière modification : 06/09/2017

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