Évaluer la menace sur les palmiers africains

Plante aux multiples usages, le palmier constitue une ressource économique importante. Une étude révèle que les 66 espèces de palmiers africains actuellement connues présentent peu de risque d’extinction à l’échelle du continent. Une bonne nouvelle qui ne doit pas cacher des risques locaux de surexploitation.

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Nourriture, matériaux de construction, vin, artisanat, médecine… les usages des palmiers en Afrique sont nombreux et divers ! Pourtant, seules 66 espèces – sur les 2600 que comprend cette famille – peuplent le continent. "L’île de Singapour à elle seule en compte une quarantaine ! ", souligne Thomas Couvreur. Alors que ces arbres souffrent d’une détérioration, voire d’une perte de leur habitat, due principalement à la conversion des terres à l’agriculture, des travaux ont suggéré que le changement climatique pourrait exacerber ces menaces. "Mais aucune étude n’avait jusqu’ici évalué le risque global d’extinction des palmiers africains 1. Pourtant, comprendre les risques qui pèsent sur les espèces, c’est la première étape de la conservation de la biodiversité ", rappelle le chercheur.

Moins de 10 % menacés

Avec Ariane Cosiaux, alors volontaire internationale (VI) de l’UMR DIADE basée au Cameroun, les chercheurs ont entrepris d’associer à chacune des espèces de palmiers africains son statut de conservation selon des critères bien définis, ceux de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). "Ces critères peuvent s’appliquer à toute espèce vivante, animale comme végétale. Connaître le statut d’une espèce selon ces règles renseigne sur sa distribution géographique, sa présence dans des aires protégées, son exploitation et les risques qu’elle encourt ", détaille la chercheuse. Après un an et demi de recueil et traitement de données (consultation d’herbiers, programme RAINBIO 2 et RAPHIA 3….), le verdict est tombé. "Moins de 10% des espèces entrent dans les catégories « menacées » et seule une est considérée comme en danger critique d’extinction ! De façon globale, le risque d’extinction est donc faible pour ce groupe de plantes si importantes en Afrique ", interprète Ariane Cosiaux.

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Des risques locaux

Comment expliquer ce statut peu alarmant alors qu’en comparaison, sur l’île de Madagascar, 85% des espèces de palmiers sont menacées ? Le chercheur met en avant la large répartition géographique de la plupart des espèces sur le continent, les rendant potentiellement plus résilientes au changement. À l’inverse de la situation malgache où les espèces présentent un fort endémisme et une distribution géographique étroite. Les scientifiques pourraient aussi avoir été trompés par des espèces cryptiques. Autrement dit, deux espèces morphologiquement semblables mais en réalité bien distinctes quand on compare leur ADN ! Une situation qui augmente – faussement – le peuplement d’une espèce. "Surtout, il faut bien noter qu’il manque des données pour certaines espèces, et que ce résultat global ne signifie pas que, localement, une espèce ne puisse pas être menacée à cause de sa surexploitation, par exemple ", tempère le Thomas Couvreur. Désormais, décrire et mieux comprendre le rôle des palmiers au sein des sociétés africaines devrait prendre le relais de ces travaux et identifier les usages associés à chaque espèce pour en assurer une meilleure gestion.

 

 

Notes

1. Ariane Cosiaux, Lauren M. Gardiner, Fred W. Stauffer, Steven P. Bachman, Bonaventure Sonké, William J. Baker, Thomas L.P. Couvreur, Low extinction risk for an important plant resource : Conservation assessments of continental African palms (Arecaceae/Palmae), Biological Conservation ; 5 avril 2018
2. Programme RAINBIO : Création d’une base de données en libre accès sur la flore d’Afrique tropicale.
3. Programme RAPHIA : Études socio-économiques des palmiersRaphia en Afrique.

Dernière modification : 23/04/2018

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