Discours de M. l’Ambassadeur lors de la réception dans le prolongement de la journée mondiale pour l’abolition de la peine de mort (19 octobre 2016)

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Réception dans le prolongement de la journée mondiale pour l’abolition de la peine de mort
Intervention de M. Gilles Thibault, Ambassadeur de France au Cameroun
A Yaoundé, le 19 octobre 2016

Adresse,

Je suis très heureux de vous accueillir ce soir à la résidence de France pour la première grande réception que j’y donne.

Je suis persuadé que nous allons passer ensemble une excellente soirée, nourrie d’échanges féconds, autour d’une question grave : l’abolition de la peine de mort.

Ce sujet constitue une priorité pour la France, l’Union européenne et les pays - plus d’une centaine - qui ont aussi supprimé ce châtiment de leur législation.
Ensemble, nous soutenons ceux qui s’engagent, pour que, dans la trentaine d’autres Etats, dont le Cameroun, où la peine de mort demeure dans les textes mais n’est, heureusement, plus appliquée, elle soit totalement abolie, de facto comme de jure.

C’est pour faire progresser cette cause que la France organise chaque année, avec l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil national des barreaux, l’association « Ensemble contre la peine de mort », un concours international réservé cette année aux étudiants en journalisme.

Christian THOUANI et ses sept camarades, Bermich GOUGUE, Perrine MASSO, Rachel NGO NWAHA, Sonia OMBOUDOU, Shérif SOULTAN, Wilfried TANGMI et Robert TOBOKBE, étudiants à l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication, sont les co-auteurs d’un reportage de presse écrite qui a remporté l’un des 4 prix de ce concours. Je signale par ailleurs qu’un reportage audio de grande qualité a également été produit, ce qui témoigne de l’étendue des compétences en journalisme des étudiants de l’ESSTIC.

Cet article, dont vous trouverez des copies à l’entrée de la salle, a donc valu à l’un des auteurs, Christian THOUANI, de ce reportage écrit d’être reçu le 10 octobre dernier au quai d’Orsay à l’occasion de la journée mondiale pour l’abolition de la peine de mort, par Monsieur Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du développement international, et Monsieur Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux.

J’ai tenu, dès son retour, à le féliciter avec ses camarades, en organisant cet évènement qui rassemble des hautes autorités et ses amis. Merci d’être venu aussi nombreux. C’est signe que l’idée de l’abolition fait son chemin.

En effet, nombreux sont ceux parmi les décideurs camerounais, qui disent en privé être convaincus de la justesse de la cause abolitionniste, mais estiment que l’opinion publique n’est pas « prête ».

D’où l’importance des journalistes pour interpeller les consciences, susciter le débat, sensibiliser l’opinion, preuves à l’appui, que ce châtiment est, non seulement irréparable en cas d’erreur judiciaire, mais aussi cruel et inefficace.

Loin de protéger les hommes, la peine de mort est la négation de leur humanité. Loin d’être protectrice de leur sécurité, elle repose sur la peur, la violence et la mort. Les arguments sont connus mais, face aux préjugés, il est essentiel de les rappeler. Il est d’autant plus nécessaire de le faire que la tentation est forte d’invoquer, par exemple, la menace terroriste pour justifier l’application de la peine de mort.

Je rappelle à ce propos ce que chacun sait : pour les soi-disant djihadistes, en réalité des criminels de la pire espèce, la mort ouvre les portes du paradis et confère le statut de martyr. C’est précisément le piège dans lequel ceux qui sèment aveuglément la mort veulent nous entraîner et dans lequel, nous ne tomberons pas.

Chers étudiants, l’article pour lequel vous avez été récompensés dépeint avec puissance le caractère intolérable du couloir de la mort. Vous y parlez d’espoir, mais d’un espoir onirique, anéanti par l’échéance fatale. Vous soulignez la solitude et la résignation d’un condamné qui chaque jour depuis 32 ans, redoute l’imminence du couperet.

Sans aucun doute, votre récit fait écho à celui que publia Victor Hugo en 1829 « Le Dernier Jour d’un condamné », dans lequel le narrateur raconte sa condamnation et ses dernières heures. Je vous en recommande la lecture, comme celle de l’article primé des étudiants de l’ESSTIC.

Nous savons tous la force des mots. Ils ne sont pas de simples membres de phrases, ils ont un réel pouvoir. Les mots gouvernent, influencent, parfois opposent. Mais en aucun cas, ils ne laissent insensibles. Ces jeunes journalistes l’ont bien compris et ont su les marier avec justesse pour dénoncer une situation incompatible avec l’idée même de justice. La peine de mort n’est pas la justice car elle n’offre ni perspective de réparation, ni possibilité de rédemption.

Chers amis,

Je tiens à saluer la présence, ce soir, du recteur de l’université de Yaoundé II et de la direction de l’École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication. Ils sont accompagnés par de nombreux étudiants, amis et anciens élèves.

L’ESSTIC est une belle école formant des journalistes soucieux de défendre leurs idéaux, professionnels comme éthiques. Elle entretient depuis sa création en 1970, il me semble que Hervé Bourges a fait partie de ceux qui l’ont porté sur les fronts baptismaux, elle entretient, disais-je, des liens forts avec des institutions universitaires françaises. Je pense aux universités de Lyon II-Lumière, de Nanterre et à l’Institut des hautes études en sciences sociales (IHESS). Sa renommée internationale n’est plus à faire depuis sa désignation par l’UNESCO comme pôle d’excellence en Afrique centrale.

Mesdames, Messieurs,

En 1981, la France était le 35ème pays à abolir définitivement la peine de mort. Aujourd’hui, sur les 193 États-membres des Nations unies, deux-tiers ont fait de même ou ont adopté un moratoire. Cela montre des progrès incontestables, mais cette lutte, ce combat pacifique dont l’arme essentielle est la persuasion, doit se poursuivre puisqu’il reste une cinquantaine de pays, où elle est toujours en vigueur. C’est dire que la route vers l’abolition reste longue et difficile.

A cet égard, je voudrais saluer ici le travail du Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort (RACOPEM). Aux côtés de la jeunesse, d’hommes et de femmes venant de tous horizons, les magistrats et les avocats ont vocation avec les journalistes à être à la pointe de ce combat, symbole de modernité, que nous menons ensemble contre les forces obscurantistes à l’œuvre ici et là.

Tous les États, tous les peuples, et tous les individus qui s’engagent sur cette voie, comme Christian Thouani et ses camarades viennent de le faire, savent qu’ils trouveront, non seulement la France à leurs côtés, mais aussi, tous ceux qui parient comme nous ce soir sur le triomphe de l’humanité sur la brutalité.

Pour récompenser chacun des co-auteurs de l’article récompensé, je vais à présent leur remettre individuellement, au nom de l’Ambassade de France, un diplôme récompensant leur travail.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/10/2016

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