Discours de M. Jean-Yves Le Drian lors du 21ème colloque du syndicat des énergies renouvelables

Commerce extérieur - 21ème colloque du syndicat des énergies renouvelables - Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères _ (Paris, 06/02/2020)

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Président du Syndicat des énergies renouvelables, cher Jean-Louis Bal,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Les énergies renouvelables sont l’un des piliers de la transition énergétique qu’il nous faut accomplir pour décarboner rapidement et durablement notre production d’énergie. Et je crois qu’aux côtés du gouvernement et de la société civile, les entreprises françaises de ce secteur sont appelées à jouer un rôle décisif, en France comme à l’international.

C’est pourquoi j’ai tenu, après avoir passé une partie de la journée à Montpellier, à vous rejoindre cette après-midi pour vous exprimer d’abord une certaine fierté.

Une fierté qu’autant de grands groupes - bien sûr, mais surtout de start-ups, de PME et d’ETI s’engagent dans le développement de ce qui est, à l’évidence, l’une de nos meilleures armes pour lutter contre le réchauffement climatique.

Une fierté que l’expertise française soit une référence dans tous les domaines du renouvelable, qu’il s’agisse de l’éolien terrestre ou en mer, du solaire, de la géothermie, des énergies marines renouvelables ou de la biomasse.

Une fierté enfin que de très nombreux pays - je le constate régulièrement lors de mes déplacements - fassent appel à vos compétences et vos technologies pour construire ou gérer leurs réseaux ou intervenir dans des territoires isolés, en particulier dans les milieux insulaires, dont nous - Français - sommes bien placés pour connaitre les spécificités, grâce à nos territoires d’outre-mer.

L’essor fulgurant du renouvelable, qui représentait près des deux tiers des investissements dédiés à l’installation de nouvelles capacités en 2018, est une excellente nouvelle pour la transition énergétique mondiale. Mais cette excellente nouvelle ne doit pas masquer le chemin qu’il nous reste à accomplir. Aujourd’hui, les énergies renouvelables ne produisent que 17% de l’énergie consommée dans le monde. C’est déjà, bien sûr, un progrès significatif. Bien sûr, des centaines de milliards sont déjà investis dans ce secteur chaque année. Mais ce n’est pas assez !

Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris - et comment pourrions-nous ne pas en faire une priorité absolue, quand on voit l’état d’urgence climatique dans lequel se trouve notre planète ? -, il nous faut redoubler d’efforts. Les recommandations du GIEC sont claires : nous devons nous donner les moyens de produire 70, voire 85 % de notre électricité au moyen d’énergies renouvelables en 2050. Concrètement, cela signifie que nous devons commencer par développer 300 GW supplémentaires chaque année d’ici 2030. Sans quoi, nous ne tiendrons pas la limite du réchauffement à 1,5°C. Avec tout ce que cela suppose. Et vous avez rappelé, cher Jean-Louis Bal, les terribles effets du changement climatique qui se font déjà sentir aujourd’hui.

Ma responsabilité de ministre de l’Europe, dans ce domaine où notre Union veut montrer la voie, et de ministre des affaires étrangères d’un pays qui se bat pour le climat et la biodiversité, c’est de vous aider à mettre en valeur vos atouts - et vous n’en manquez pas ! - et de vous accompagner à l’international.

Comme vous le savez, le secteur des énergies renouvelables est, depuis 2015, l’un de nos secteurs prioritaires à l’export. Et je veux aujourd’hui à nouveau remercier Jean-Louis Bal d’avoir accepté, en novembre dernier, de devenir le fédérateur de votre filière. Sa mission est, avec le soutien des équipes de mon ministère, de promouvoir et de valoriser l’offre française auprès des décideurs, publics et privés, des marchés internationaux. Et de le faire en synergie avec le référent export du Comité stratégique de filière (CSF) « industrie des nouveaux systèmes énergétiques ». Car, en matière de commerce extérieur, nous avons toujours intérêt à avancer groupés et à coordonner nos efforts.

Cette conviction - vous le savez - est, depuis février 2018, au coeur de notre nouvelle stratégie de soutien aux entreprises exportatrices. Pour aider les sociétés françaises à s’internationaliser, nous avons voulu simplifier le « parcours à l’export » et unifier notre dispositif d’accompagnement, en créant un guichet unique dans les territoires : la « Team France Export ».

Dans chaque région, cette « équipe de France de l’export » fédère l’ensemble des acteurs publics concernés - Business France, Bpifrance, les Régions et les chambres de commerce et d’industrie - pour que nous puissions vous aider, le plus efficacement possible, à préparer et à concrétiser vos projets export. Et je suis très heureux de noter que parmi les 40.000 entreprises potentiellement exportatrices suivies par nos 235 conseillers internationaux présents sur l’ensemble du territoire, beaucoup appartiennent au secteur des énergies renouvelables. J’ai pu voir ce matin à Montpellier que la « Team France Export » est en ordre de marche.

Le déploiement du réseau « Team France Export » se poursuit également à l’étranger, avec Business France et ses partenaires privés. Il couvrira bientôt une centaine de pays.

Nous voulons aussi, cette année, poursuivre notre réforme des outils de financement export afin de les mettre en cohérence avec nos engagements en faveur du climat. Déjà, vous l’avez rappelé, cher Jean-Louis Bal, nous avons cessé tout soutien financier aux projets charbon.

Mais l’enjeu, pour vous, c’est surtout de pouvoir bénéficier plus largement des dispositifs actuels, qui restent, en effet, encore trop peu accessible aux entreprises de votre secteur. Cela doit changer et nous y travaillons. En attendant, sachez que des solutions existent déjà : l’État a soutenu de grands projets, comme celui de NEOEN en Argentine, mais aussi des installations plus modestes comme celle de CAP VERT ENERGIE au Sénégal pour quelques Mégawatts. Nous allons donc faire plus, mais n’hésitez pas à vous tourner d’ores et déjà vers les conseillers de Bpifrance assurance export pour qu’ils vous aident à financer vos projets à l’international.

Vous accompagner, c’est aussi mettre en avant les atouts du secteur des énergies renouvelables français lorsque nous plaidons pour une transition énergétique ambitieuse dans les grands rendez-vous internationaux.

Je pense, pour 2020, au Sommet France-Océanie et au One Planet Summit qui se tiendront à Papeete en avril.

Je pense au Sommet Afrique-France sur la ville durable qui aura lieu en juin à Bordeaux. Avec un espace dédié aux entreprises, la Cité des solutions, où j’espère que vous serez nombreux à présenter vos savoir-faire.

Et je pense aussi, bien sûr, à la COP26, en novembre prochain. La précédente COP, de même que le Sommet pour l’action climatique du Secrétaire général des Nations unies, n’a pas tenu toutes ses promesses. C’est vrai. Mais ces événements ont créé une dynamique politique sur laquelle nous allons nous appuyer pour faire de la COP de Glasgow l’occasion d’un relèvement de notre niveau d’ambition collectif. Nous y travaillons déjà au plan européen.

Car - comme je le disais -, en matière de climat, les Européens veulent montrer la voie. Et le « Pacte vert » proposé par la Commission nous donnera les moyens d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

C’est essentiel d’y parvenir. Mais c’est également essentiel de le faire en cherchant, dans le même temps, à mettre la transition énergétique et environnementale au service de notre économie. Sinon, nous finirions par perdre sur tous les plans. Sur le plan économique, bien sûr. Mais aussi - comble de l’ironie - sur le plan environnemental, parce que nous ne pourrions pas prolonger nos efforts dans la durée. Et, au final, sur le plan social, parce que nous aurions fragilisé les emplois des Européens sans répondre à leurs préoccupations écologiques.

Il faut donc faire de la transition un moteur de notre croissance. Comment ?

D’abord, en investissant massivement dans l’innovation en faveur de la protection de l’environnement et dans la transformation de notre modèle productif.

C’est le sens du « Plan d’investissement pour une Europe durable ». Sur la décennie, l’Union européenne mobilisera ainsi plus de mille milliards d’euros publics et privés.

Ce sera bon pour la planète. Ce sera bon pour l’Europe. Et ce sera bon pour nos exportateurs, qui pourront partir à la conquête de nouveaux marchés avec un avantage compétitif. Nous devons y prendre toute notre place.

C’est ce que nous avons fait cette semaine avec le lancement par le président de la République à Nersac, en Charente, d’une filière européenne de batteries qui bénéficiera à de nombreux secteurs : les énergies renouvelables, bien sûr, mais aussi par exemple l’automobile.

Ensuite - et c’est complémentaire -, en luttant contre les fuites de carbone par un mécanisme d’inclusion carbone aux frontières de l’UE, compatible avec les règles de l’Organisation mondiale du Commerce.

Empêcher toute forme de dumping environnemental, c’est à la fois une question d’efficacité et de justice.

Et c’est, en définitive, une question de cohérence, comme la mise en conformité de notre politique commerciale avec notre engagement climatique. À cet égard, je tiens à saluer l’engagement de la Commission de proposer que le respect de l’Accord de Paris soit un élément essentiel de nos accords commerciaux - c’est-à-dire, très concrètement, que son non-respect nous permette de suspendre ces accords ou de nous en retirer. C’est une demande portée par la France depuis le début du quinquennat, que nous allons désormais pouvoir travailler à mettre en oeuvre, y compris dans notre relation future avec le Royaume-Uni.

Nos concitoyens - c’est ma conviction profonde - ne sont pas par principe protectionnistes. Ils sont, justement, pour la cohérence. Et ils sont pour la souveraineté de l’Europe. Ils sont donc pour l’ouverture commerciale, oui, mais pour une ouverture exigeante. Une ouverture qui, dans tous les domaines, se fasse dans le respect de nos engagements et des standards que nous nous sommes fixés. Une ouverture qui ne vienne pas défaire là ce que nous entreprenons ici, mais qui vienne au contraire consolider nos efforts et tirer vers le haut nos exigences en matière de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement, mais aussi en matière sociale. Et c’est tout à fait possible ! Un seul exemple, qui vous concerne directement : la promotion des investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique sont des axes de travail privilégiés dans les négociations en cours en vue de potentiels accords commerciaux européens avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande - la prise en compte de ces enjeux a beaucoup progressé depuis 2 ans.

Il est, enfin, un autre domaine clef de notre politique étrangère où nous avons - je crois - besoin les uns des autres : c’est l’aide au développement.

Car l’accès à l’énergie est à la fois un Objectif de développement durable à part entière et un préalable qui conditionne tous les autres. Comment, sans électricité, envisager l’amélioration des conditions économiques, sociales, environnementales ? Comment, sans électricité, agir pour l’éducation, pour l’égalité de genre, pour la santé ? Et je rappelle que 13% de la population mondiale en est encore privé !

Nous comptons donc sur vous pour nous aider à offrir un service d’énergie accessible, abordable et propre aux populations des pays que nous avons identifiés comme des pays prioritaires, notamment ceux du Sahel. Parce que le retour de la paix et de la stabilité au Sahel, qui est essentiel pour notre propre sécurité, passe nécessairement par le développement, que le développement passe nécessairement par l’énergie et singulièrement, pour que ce développement soit durable, par les énergies renouvelables.

Vous le savez : la France s’est engagée à investir 3 milliards d’euros entre 2016 et 2020 pour les énergies renouvelables en Afrique, ce qui nous permet, par exemple, de financer l’augmentation du taux d’électrification rurale en Mauritanie et le barrage hydroélectrique de Nachtigal au Cameroun.

Voilà, mes chers amis, le message d’encouragement et de soutien que je voulais vous adresser aujourd’hui.

Accompagner l’écosystème des industriels français du secteur des énergies renouvelables est l’une des priorités de notre politique de soutien au commerce extérieur. Pour des raisons qui - vous l’aurez compris - vont bien au-delà du commerce : des raisons qui touchent à la transition écologique, au développement humain et, donc, à une certaine idée du monde dans lequel nous voulons vivre.

Les solutions que vous proposez sont, à proprement parler, des solutions d’avenir et - je vous le redis - je ressens une grande fierté d’être aujourd’hui à vos côtés. Je vous remercie./.

Dernière modification : 12/02/2020

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