Discours d’ouverture du séminaire régional relatif à la lutte contre Boko Haram (2 novembre 2016)

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Discours d’ouverture du séminaire régional relatif à la lutte contre Boko Haram
(2 novembre 2016)

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Je voudrais pour commencer vous dire tout l’honneur et le plaisir que j’ai à vous rencontrer ce matin, même si le sujet qui nous réunit est l’un des plus graves et des plus difficiles que nous ayons à traiter, dans nos domaines d’activité respectifs. Je veux bien sûr parler de la lutte contre le terrorisme.

Les attentats sanglants perpétrés ces derniers mois partout à travers le monde, notamment sur les continents africain et européen, montrent, en effet, que le niveau de la menace terroriste reste très élevé. Plus que jamais, face à ces mouvements criminels mafieux-terroristes, il nous faut apporter des réponses coordonnées à tous les niveaux : international, continental, régional et local ; en même temps que sur différents plans : politique, socio-économique mais aussi sécuritaire.

Dans la région du lac Tchad pour ne parler que de notre environnement proche, la secte islamiste « Boko Haram » constitue le prototype même de ces mouvements transfrontaliers exigeant des réponses coordonnées et concertées.

Pour les deux dernières années seulement, plus précisément entre juillet 2014 et octobre 2016, la secte a perpétré une série d’attentats suicides (48 pour être exact), parfois très meurtriers, dans les localités frontalières en utilisant principalement des jeunes filles nigérianes kamikazes.

Depuis le mois de février 2016, les unités camerounaises du secteur 1 de la Force Multilatérale Mixte, appuyées par les BIR, ont lancé plusieurs opérations de « nettoyage » en territoire nigérian. Associées à un regain offensif des forces armées nigérianes dans la forêt de Sambisa, ces actions décisives ont eu pour conséquences une diminution drastique des attentats suicides en territoire camerounais (quatre attentats « seulement » au cours des quatre derniers mois) et un repli très net des combattants de la secte vers le Nord du Nigéria et le lac Tchad.

Pour autant, le développement récent, au sein de Boko Haram, d’une branche pro-Daesh pourrait accroître la menace dans la région et augmenter, dans un scénario de crise pessimiste, le risque d’attentats dans des grandes villes, comme Yaoundé ou Douala. En tout état de cause, je remarque, depuis le début du mois d’octobre, une recrudescence d’attaques frontales de postes militaires par des groupes fortement armés dans la région de Fotokol.

Or, ce que je viens de décrire n’a pas seulement des implications tactiques et sécuritaires. Car si nous déplorons, mois après mois, un nombre élevé de militaires, gendarmes et policiers tombés au champ d’honneur, nous devons aussi constater la gravité de ce que j’appellerai le « bilan civil ».

A titre d’exemple, sur la période que je viens d’évoquer, l’état de guerre auquel nous sommes confrontés a entraîné un afflux important de réfugiés nigérians au Cameroun (environ 70 000) et un mouvement de déplacés de la zone frontalière vers l’intérieur du pays (environ 200 000), facteurs qui ont aggravé un peu plus la situation sécuritaire de la région.
Tout récemment, la détérioration des conditions de sécurité dans certaines zones du lac Tchad s’est même traduite par la pire des conséquences : la suspension temporaire des opérations humanitaires en cours dans les villes de Boma ou Kaiga Kinjiria.

Il y a bien sûr des éléments de satisfaction qui tempèrent le triste constat que je viens de faire. Je veux parler de la prise de conscience de tous les gouvernements de la région que rien ne peut évoluer favorablement sans une coopération renforcée. Prise de conscience relayée au niveau des pays alliés et amis de ces mêmes gouvernements. Je pense bien sûr à la France, mais aussi aux Etats-Unis, au Royaume Uni et plus globalement à l’Union européenne.

Dans les dernières semaines, cette coopération est entrée, et c’est heureux, dans une phase d’accélération. J’en donnerai quelques exemples :
- Les chefs d’état-major des pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad ainsi que du Bénin se sont réunis à Niamey le 13 octobre « en vue de préparer la phase finale de l’éradication de Boko Haram ». Si cette réunion n’a pas débouché sur des décisions immédiatement opérationnelles, elle a eu le mérite de remettre l’accent sur la nécessité de reconstruire « la vie civile ».
- Les gouverneurs de dix États du Nord du Nigéria se sont rendus à Washington le 18 octobre à l’invitation de l’United State Institute of Peace et ont échangé avec Susan Rice, la conseillère américaine à la Sécurité nationale.
- Enfin une mission du SEAE se rendra bientôt à Ndjamena pour refaire le point de la situation et déterminer les pistes d’un renforcement de l’appui européen, notamment à la Force Multilatérale Mixte.

Tout ceci va dans la bonne direction mais on ne le répètera jamais assez : nous ne devons pas baisser la garde. En effet, Boko Haram, au quotidien, sème la terreur, la désolation et la division, provoque des déplacements massifs de population et prive de toute perspective de vie normale des millions d’individus.

Le combat contre cette « secte barbare », c’est ainsi que le Président Biya la qualifie, qui cherche à entraîner dans son sillage mortifère et rétrograde, les individus les plus fragiles, exige bien une mobilisation de tous.

C’est dans ce contexte, qu’il nous a paru important d’organiser un échange entre les pays de la région sur l’état de la menace et d’identifier les champs de coopération qui méritent d’être renforcés.

C’est la raison pour laquelle l’ambassade de France au Cameroun a pris l’initiative de réunir des responsables opérationnels des services de sécurité des pays concernés par la lutte contre « Boko Haram ».

A cet égard, et au-delà des remerciements appuyés que j’adresse aux responsables du pays hôte, le Cameroun, je voudrais saluer tous ceux qui partagent notre idéal d’un monde libéré de l’obscurantisme et de la terreur et qui sont ici. Salutations à nos amis centrafricains, maliens, nigérians, nigériens et tchadiens.

Ce séminaire qui est le leur, qui est le nôtre, s’inscrit dans le cadre du soutien qu’apporte la France au niveau régional dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Il permettra aux différents participants de s’identifier et d’apprendre à se connaître, d’échanger sur leurs méthodes de travail et surtout d’améliorer la coopération régionale au niveau opérationnel.

J’ajoute que cette rencontre est en parfaite cohérence avec le séminaire ministériel que la France organisera à Paris fin novembre 2016 et qui réunira les ministres de l’Intérieur des pays d’Afrique subsaharienne confrontés à Boko Haram, l’objectif étant d’essayer de mettre en place des stratégies communes de lutte contre ce fléau.

Ce séminaire régional s’inscrit également dans le cadre du soutien constant qu’apporte l’ambassade de France au Cameroun dans le domaine de la sécurité intérieure. Ainsi, depuis le début de l’année, ce sont près de 90 actions de coopérations techniques qui ont été mises en place par la France au profit de la police, de la gendarmerie et des sapeurs-pompiers camerounais. Je sais, arrivant du Burkina, que nos autres ambassades mettent en place autant de formations pour les pays qui sont en première ligne dans cette lutte contre la barbarie. Et je suis convaincu que cette formation, aujourd’hui et dans les jours à venir, répondra pleinement à vos attentes.

En vous remerciant à nouveau pour votre participation, je déclare ouvert le séminaire de formation relatif à la lutte anti-terroriste.

Dernière modification : 01/12/2016

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