Cameroun - Libération du père Georges Vandenbeusch - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec « BFM TV »

Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec « BFM TV »
(Paris, 31 décembre 2013)

 

Je pars pour Yaoundé retrouver le père Georges, que je viens d’avoir au téléphone : il est en bonne santé, il est très sensible à tout ce qui se passe pour sa libération. Je serai là-bas en fin d’après-midi. Ensuite je ramène le père Georges à Paris. Nous y serons demain matin très tôt, accueillis par François Hollande. Ce sera une excellente manière de commencer l’année. Il s’agit d’une très bonne nouvelle.

Q - Comment l’avez-vous trouvé ?

R - Très bien ! Nous nous sommes parlé assez longtemps. Il est en bonne forme physique. Intellectuellement, il est à 100 %. Il souhaitait pouvoir dire au revoir aux gens de sa paroisse et prendre ses affaires.
Le père Georges est un homme posé et équilibré. Il se rend compte parfaitement de ce qui se passe. Ce qui m’a touché, c’est l’écho que sa libération a dans sa paroisse et au-delà. J’ai eu sa famille et l’évêque. Ils ont énormément remercié bien sûr le président Biya et les services français, qui ont fait un gros travail. Je veux les remercier. Le quai d’Orsay et d’autres services travaillent tous les jours, dans la discrétion pour arriver à cette fin.

Ce qui m’a touché également, c’est que La famille Moulin-Fournier, dont nous avons obtenu la libération, et Francis Collomp ont appelé pour dire qu’ils se sentaient en communion avec ce qu’on était en train de faire. Le travail a été bien fait, nous en sommes très satisfaits.

Q - Cette libération est une vraie surprise. Pouvez-vous nous donner des informations sur la manière dont cela s’est opéré ?

R - Un travail très important s’est fait dès la prise d’otage du père Georges. Je me suis mis en contact avec Paul Biya, le président du Cameroun, où la prise d’otage a eu lieu. Nous avons déjà travaillé ensemble lors de la libération des Moulin-Fournier. Nous sommes toujours restés en contact très étroit. Il m’a téléphoné encore hier lorsque j’étais en Arabie Saoudite avec François Hollande, pour me dire que la situation avançait. On avait suivi tout ça. Ce matin, très tôt, il m’a dit « ça y est, c’est fait ». Il s’agit d’un travail d’équipe, de long terme. C’est aussi un travail extrêmement discret et très difficile, compte-tenu de la nature des preneurs d’otages. Il y a un travail de discussion. Je vous rappelle que la France ne paye pas de rançon, donc il faut se poser sur d’autres éléments de discussion. Je pensais déjà hier que nous étions près du but, mais l’expérience m’a prouvé que tant que ce n’est pas fait, il faut rester prudent. C’est simplement ce matin que l’on en a eu la confirmation, on était extrêmement heureux.

Q - Et c’est l’occasion aussi, en ce dernier jour de l’année, je pense que le président Hollande en parlera ce soir lors de ses vœux, c’est l’occasion, les autres otages effectivement ?

R - Bien sûr, nous avons encore d’autres otages, et nous continuons à travailler jour après jour dans la discrétion. Parfois c’est un peu frustrant pour les journalistes, mais vous le comprenez en même temps, j’en suis certain, parce que toute information que nous donnons peut être utilisée par le preneur d’otages contre les otages. Il faut donc faire très attention. Mais nous en avons déjà obtenus des libérations d’otages, et nous allons continuer pour poursuivre jusqu’au bout notre travail de libération. Cela reste un beau cadeau de fin d’année.

Q - Monsieur le Ministre, vous l’avez dit, il n’y a pas eu de rançon, est-ce que néanmoins il y a eu des contreparties ?

R - Il y a des discussions, bien sûr. Le Cameroun est extrêmement efficace parce que ce pays, géographiquement, entretient toute une série de connections. Lorsque nous additionnons nos forces nous pouvons discuter de façon utile. Mais je ne veux pas rentrer dans plus de détails. Simplement, le résultat final c’est la libération du père Georges, il faut le conserver à l’esprit.

Q - Monsieur le Ministre, on a bien compris le communiqué de l’Élysée, qui remerciait très chaleureusement la présidence et notamment le président Paul Biya. C’est bien entre Paul Biya et les ravisseurs que les négociations ont eu lieu, d’ailleurs c’était vraiment Boko Haram ?

R - C’est compliqué, notre communiqué a aussi remercié le Nigeria, puisque c’est au Nigeria qu’ils étaient localisés. Boko Haram c’est un groupe très vaste, composé de sous-groupes. Sans rentrer dans trop dans les détails, l’une des grandes difficultés des questions de prises d’otages c’est de bien identifier qui détient et qui a le pouvoir de libérer ou de ne pas libérer les otages. Il y a des gens qui s’interposent, il y a toute une série de personnes qui en fait ne sont pas les vrais ravisseurs mais qui veulent se faire passer pour plus puissants qu’ils ne le sont. Donc, il y a un travail d’investigation, puis de discussion et de négociation. Il ne faut jamais oublier que c’est la vie ou la mort des otages qui est en jeu. Je ne vais pas en dire plus, mais on est tout à notre joie de cette libération qui rappelle aussi celle des Moulin-Fournier, qui rappelle aussi l’épisode de Francis Collomp, qui rappelle aussi la libération de ceux d’Arlit. Je voudrais, puisqu’en fin d’année on est toujours au moment des bilans, remercier tous les gens - les uns sont connus, les autres non - qui permettent ce travail de libération./.

Dernière modification : 03/01/2014

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