Point de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, à l’issue de l’entretien avec M. Paul Biya, président de la République du Cameroun (Yaoundé, 21 février 2015)

Je viens de voir le président Biya, c’est toujours un plaisir et un honneur que de discuter avec le président du Cameroun. Je lui ai dit le sens de ma visite, qui est une visite de solidarité et d’amitié profonde avec le peuple camerounais et les autorités camerounaises. Le président a bien voulu me dire qu’il était très heureux, dans cette période qui est difficile, que la France soit aux côtés du Cameroun comme toujours.

Quand je dis période difficile, je pense surtout aux attaques de Boko Haram qui est un groupe, comme je le dis toujours, composé de faux religieux et de vrais criminels. Ce sont des criminels et il faut les combattre. Et le Cameroun a le courage, et je veux rendre hommage à ce courage, avec d’autres, avec le Tchad, avec le Niger notamment, de mener ce combat. Il faut aussi que le Nigéria, bien sûr, mène lui-même ce combat.

Nous avons examiné comment on pouvait mener cette lutte. C’est d’abord aux Africains de le faire, et vous avez eu des décisions de l’Union africaine, maintenant nous allons porter cela ensemble devant le conseil de sécurité des Nations unies, et la France sera bien évidemment aux côtés du Cameroun pour porter cette nouvelle mission africaine. Nous nous assurons et transmettrons notamment les renseignements qui sont nécessaires pour que les Africains puissent se défendre. Je veux aussi dire mes condoléances puisque la population camerounaise a été et est frappée, ainsi qu’un certain nombre de militaires qui ont fait leur devoir de façon courageuse.

Et puis nous avons abordé aussi, comme à chaque fois que j’ai le plaisir de rencontrer le président Biya, la situation régionale, la situation internationale, nos relations économiques. Et j’ai beaucoup de plaisir à voir que
les relations d’amitiés sont extrêmement profondes. Le président Biya a pu me redire toute l’amitié et l’estime qu’il porte à la France et à la politique que nous menons. Et croyez bien que c’est réciproque.

Q - M. le Ministre, la France est notre amie privilégiée dans cette lutte contre le groupe terroriste Boko Haram. Est-elle prête à apporter plus au-delà du renseignement, de façon concrète sur le front du combat, qu’est-ce que la France peut apporter ?

R - Alors prenons déjà ce qu’elle apporte. Vous vous rappelez que nous avions eu au mois de mai 2014 un sommet à Paris, et ce n’était pas un hasard si pour cette première qui abordait la lutte contre Boko Haram se trouvaient à la fois, bien sûr, le Cameroun, le Tchad, nos amis du Niger et le Nigéria, ainsi que les Américains. Et c’est là que nous avons commencé à bâtir ensemble les éléments de résistance. Ensuite nous avons commencé à mettre à disposition de nos amis un certain nombre d’éléments. Et le renseignement ce n’est pas quelque chose de marginal parce que si on veut pouvoir lutter efficacement il faut savoir quels sont les mouvements de l’ennemi. Et il y a d’autres aspects, sur le plan matériel mais je ne vais pas rentrer dans le détail.
Puis, il y a le soutien international, au niveau européen et au niveau des Nations unies. Et la France, membre permanent du conseil de sécurité, va défendre la proposition de l’Union africaine, la proposition du Cameroun, qu’il y ait cette force interafricaine. Nous sommes absolument à vos côtés. Nous n’avons pas à nous substituer à vous puisque bien sûr les Africains mènent ce combat. Nous sommes totalement à vos côtés il n’y a pas d’ambigüité à avoir.
On me dit que des articles dans la presse pensent que la France aurait - je ne sais qui a été inventé ça - quelque tolérance particulière vis-à-vis de Boko Haram. Ça n’a absolument aucun sens, ce sont des égorgeurs ! Il faut bien avoir cela à l’esprit. Et de la même façon que nous avons été présents au Mali lorsqu’il s’est agi de lutter contre les terroristes, de la même façon que nous avons alerté l’opinion internationale lorsqu’il s’est agi de défendre la république centrafricaine, de la même façon nous défendons devant la communauté internationale la nécessité pour les Africains, pour les Camerounais, pour les Nigériens, pour les Tchadiens, pour les Nigérians, de lutter contre Boko Haram.

Q - Mais précisément M. le Ministre on a le sentiment de vous avoir vu vous, la France, vous engager avec plus de promptitude ailleurs ?

R - N’ayez pas ce sentiment, nous faisons ce que nous demandent nos amis africains. Encore une fois nous n’avons pas à nous substituer aux Africains, ce n’est pas notre conception, et ce n’est peut-être pas la vôtre d’ailleurs, mais nous avons à appuyer chaque fois qu’on nous le demande les démarches de nos amis africains. Et croyez-moi, dans la lutte contre Boko Haram, nous sommes côte-à-côte.

Q - Si vous le permettez M. le Ministre, sur le plan économique, il y a un plan d’urgence qui a été mis en route au Cameroun. Qu’est-ce que la France pourrait apporter comme concours au Cameroun pour ce plan d’urgence ?

R - Alors nous avons, avec nos amis au Cameroun, mis au point ce que nous appelons le C2D. C’est-à-dire qu’il y avait un certain nombre d’endettements, et nous les avons transformés en investissements, pour aider le Cameroun à se développer. En ce moment, la situation n’est pas facile parce que vous avez une série de problèmes, et à ceci se rajoutent bien sûr les coûts, parce que ça coûte, pas seulement sur le plan humain mais aussi sur le plan financier. Et donc, je ne vais pas insister là-dessus, mais nous avons prévu dans les semaines qui viennent de donner un certain nombre de millions supplémentaires pour l’aide humanitaire, et parce que vous avez en plus des réfugiés et des déplacés. Nous sommes aux côtés du Cameroun pour développer les investissements, et j’ai donné à mon collègue le ministre des Relations extérieures une liste d’entreprises, de « prospects » économiques comme on dit, où entreprises françaises et camerounaises vont travailler ensemble.

Q - Est-ce que vous avez parlé de la reprise de Baga ? On entend que l’armée nigériane a repris la vile de Baga ?

R - Non, nous avons parlé - je vous le confirme - de la façon de lutter ensemble contre Boko Haram. Je tiens à dire qu’évidemment ce n’est pas seulement le Cameroun, ou seulement le Tchad, ou seulement le Niger, il faut aussi que les autorités du Nigéria agissent et elles se sont engagées à le faire.

Q - Vous leur avez fait savoir M. le Ministre ?

R - Bien sûr, et il faut aussi que la communauté internationale, aussi bien l’Europe que les Nations unies, soient à vos côtés. Et là, cela fait partie de la tâche de la France. Merci à vous./.

Dernière modification : 25/02/2015

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