Atelier "Baby Factories" à Bamenda (7-8 sept. 2016)

Les 7 et 8 septembre s’est déroulé à Bamenda (Nord-Ouest) un atelier de coopération transfrontalière Cameroun-Nigeria concernant la traite des êtres humains et plus particulièrement la problématique du trafic transfrontalier des nourrissons (phénomène des "babyfactories").

Contexte

Cet atelier, soutenu par l’Ambassade de France au Cameroun (et coordonné par l’ONG REPERID), est organisé dans le cadre du Fonds de Solidarité Prioritaire (FSP) "Appui à la lutte contre la traite des êtres humains (LTEH) dans les pays du Golfe de Guinée". A travers ce FSP-LTEH, doté de 800 000 euros (525 millions de FCFA) sur 3 ans, la France soutient les efforts du Cameroun, du Nigeria, du Bénin, du Ghana et du Togo pour lutter contre ces formes modernes d’esclavage et démanteler les réseaux de trafiquants.

Chaque année, environ 2,5 millions de victimes, principalement des femmes et des enfants, sont recrutées et exploitées dans le monde. Selon les Nations Unies et le Conseil de l’Europe, la traite des êtres humains serait la troisième forme de trafic la plus répandue dans le monde après le trafic de drogue et le trafic d’armes. Elle ne générerait pas moins de 32 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel. Selon le rapport 2010 de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, 79% des victimes répertoriées de la traite subissent une exploitation sexuelle et 18% sont soumises au travail forcé.

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Ouverture

L’atelier a été ouvert par le secrétaire général du gouverneur du Nord-Ouest, le Consul Général du Nigeria au Cameroun à Buea et un représentant de l’Ambassade de France. Dans leurs mots d’ouverture, ils ont tous rappelé l’importance de la tenue de cette activité dans la région frontalière du Nord-Ouest et salué l’ambition de cet atelier de renforcer la coopération transfrontalière entre magistrats et enquêteurs (police et gendarmerie) camerounais et nigérians.

Déroulement de l’atelier

Après les échanges avec la presse, la première journée de l’atelier a permis de faire un état des lieux général dans les deux pays. Un représentant de la National Agency for Prohibition of Traffic in Persons (NAPTIP, agence nationale nigériane en charge de la lutte anti-TEH) et M. Mbuagbaw, formateur de la task-force du Nord-Ouest anti-TEH, ont tour à tour présenté les cadres légaux nigérian et camerounais en matière de lutte contre la TEH : loi anti-TEH de juillet 2003 pour le Nigeria, loi du 14 décembre 2011 relative à la lutte contre le trafic et la traite des personnes pour le Cameroun. Ces lois s’appuient notamment sur le Protocole additionnel à la Convention de Palerme, qui en son article 5 invite les États signataires à prendre des mesures pour traduire dans leur législation interne les dispositions pour criminaliser la TEH.

Les questions de prévention et de poursuite des cas de TEH ont ensuite été abordées, par M. Langyi, officier supérieur à la NAPTIP, et d’une représentante du Ministère de la Justice camerounais. Les participants ont ensuite travaillé à l’élaboration de schémas opérationnels de coopération transfrontalière.

Durant la deuxième journée, le thème de la protection et de la réhabilitation des victimes a d’abord été abordé. La responsable de la formation au sein de la NAPTIP a notamment rappelé l’importance de l’assistance judiciaire aux victimes et le besoin d’assurer une prise en charge satisfaisante de ces dernières. Mme Awasom, responsable de la force d’intervention anti-TEH de la région Nord-Ouest, a, elle, souligné le besoin crucial de l’accompagnement psycho-social.

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Conclusion

La dernière partie de l’atelier a été consacrée à une réflexion de l’ensemble des participants sur les voies et moyens pour renforcer la coopération transfrontalière. La mise en place d’une base de données conjointe, l’amélioration de la transmission de l’information ont notamment fait partie des recommandations émises par les participants. A l’issue de ces deux jours intenses, les participants ont salué la qualité de l’organisation assurée par le REPERID et l’implication de la France dans le raffermissement des relations de travail entre acteurs de la lutte anti-TEH de part et d’autre de la frontière nigéro-camerounaise.

Capitalisation

Il est à noter que certains des participants présents lors de cet atelier prendront part à un séminaire régional qui se tiendra à Lomé à la fin de l’année. Des délégations pluridisciplinaires (officiels, organisations de la société civile, etc.) viendront du Ghana, du Bénin, du Nigeria et du Cameroun pour dresser un état des lieux et réfléchir aux perspectives en matière d’accompagnement des victimes : leur protection, leur suivi et leur réhabilitation.

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En savoir plus :
La France et la lutte contre la traite des êtres humains

Dernière modification : 21/09/2016

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